SIDERATION, DESIR, DESASTRE Le désir, au sens étymologique de de-sidere (et donc de "dés-astre", l'absence de l'astre), c'est vouloir se libérer de cette pesanteur que l'astre nous impose forcément, de cette aimantation, de cet amour avec lequel la terre...
L’orgue et la Sorgue La musique est ce qui nous console de vivre à l’état solide I Je suis tout près du torrent, au plus creux. A l’endroit humide et frais, humide et chaud où la terre se mêle à l’eau. Dans le féminin de la terre. Ma maison est liquide...
Ils ne pensaient point Ils étaient pensés Ils ne parlaient point Ils étaient parlés Ils ne disaient point D'autres les disaient Ils ne vivaient point D'autres les vivaient. Ils étaient des points Rien que des objets Ils étaient des biens Qu'on manipulait....
Regarde ce qui te fait mal, écoute ce qui te déchire, appelle ce qui se dérobe, épelle qui t'analphabète, apprivoise qui t'ensauvage, parle depuis ton secret... Tu ne peux penser qu'en plus grand, ce que tu dis disproportionne. Tu respires un air bien...
Nous sommes un grand corps, je ne m'en suis aperçu qu'après le 7 janvier, et voici que cette conscience me revient... Nous sommes un grand corps (et ce "nous" pose problème, de fait, s'agit-il de la France ou bien d'une entité plus subtile dont le "nom"...
Les silences de Tournelâme Fraîchardie I Sur la route entre Serres et Nyons, il y a, après L’Epine, Ribeyret et Moydans, un beau village qui s’appelle Rosans. Un village perché, loin de la route, et silencieux. Apparemment silencieux. En tout cas, un...
IV J’étais rentré dans ma cabine, subjugué par ce chant. On entendait mugir le vent de l’intérieur du bâtiment. Son timbre de cristal couvrait la rumeur grave des moteurs. Je n’avais pas encore osé aller dans la cabine d’Othello, toujours fermée à clef....
EPILOGUE Il faut bien que du temps se passe puisque l’instant d’un mot succède au précédent. Ta Georgia et tes autres tu ne peux pas les garder là, immobiles dans leur mouvement, comme pourrait le faire un peintre. Ils vont et tu les fais aller que tu...
Apprenez-moi Bouddha, je dirai oui, Mahomet ou Vichnou, je dirai oui. Apprenez-moi Jésus, je dirai oui à ce qu'ont raconté les sages. Apprenez-moi Lautréamont, je dirai oui, Rimbaud, Artaud, je dirai oui, Nietzsche ou Michaux, je dirai oui à ce qu'ont...
Frère venu d’ailleurs Avec tes mots si proches Qu’ils font mal tant ils me touchent, Tu m’as parlé tandis Que je n’attendais plus. J’avais posé le front contre une pierre. Fragile comme un œuf Contre sa dureté. Mais toi l’étranger, depuis l’intérieur...
I Dans le silence de la nuit petite halte. Comme le train s’arrête en pleine voie. Calme réveil, très doux. Peu d'étoiles. Il fait un froid qui caresse, dehors, à peine un froid. Tout va, je passe, la nuit est là. Je respire et le monde aussi. Rien de...
VII Un repentir. Un repartir. Ne me demandez pas qui m’a vomi de l’Ecrier, comment j’ai fait je ne sais pas, mais ma deuxième vie commence ailleurs que là, de l’autre côté de la terre, à Lure, au pied de la montagne de ce nom, à son sommet, sur l’un de...
IX Climat. Tu erres dans des mots que tu ne connais pas. Toutes ces peaux collectionnées ne t’aident pas. Circonspect, circonscris, déchiré de nouveau. Tiré de l’univers fermé qui te permettait d’être. Ces peaux-là c’est ta mue. A nouveau nu, au froid...
I Il y a très longtemps que je n’ai plus côtoyé d’icebergs. Pourtant c’est de l’un d’eux que tout a commencé. D’un iceberg oui. J’ai fait d’abord sur l’océan ma vie, à Terre Neuve. C’était il y a longtemps, si longtemps que jamais, j’étais le commandant...
PETITE PAROLE « L’humain recherche sa trace aux dépens de la piste » (Jacques Lacan) J'attends un mot qui dirait au-delà, qui n'aurait pas de sens, du moins pas de sens connu, mais un sens inconnu qui émerveillerait. J'attends ce mot, qui n'existe pas...
Je me suis mis tout nu, dans le silence et en silence. J'ai quatorze ans, le désir de la terre. Je me suis allongé entre les grands maïs, la terre, froide et grumeleuse dans le dos, me suis cambré. L'urine chaude a coulé depuis mon sexe sur mon ventre,...
La neige avant qu’elle tombe, à Rémuzat Au trio Zéphyr I Nos rêveries, je crois, nous cernent mieux que nos raisons, nos caprices parlent de nous plus que nos actes. Je ne sais pas trop qui je suis, mon intelligence est médiocre et mes dons d’invention...
J'aurais voulu rester fidèle à qui, à quoi, je ne sais pas. Plutôt, j'aurais voulu rester toujours le même sans bouger. Que rien ne bouge et rien ne bouge et que ce soit toujours pareil, même jour et même soleil... Les choses ne vont point ainsi Ni même...
III Mais je dois vous parler d’Othello, mon Second, noir et beau, grand, si bien découplé, l’Aimé, le préféré de tous mes matelots. Le plus beau de mes anges ! Je l’aimais tant mon Othello et il m’aimait aussi, nous étions frères. S’il lui est arrivé...
VII Mais alors, qu’est-il arrivé vraiment, oui, vrai-ment ? Figurez-vous, il s’est trouvé que l’Organiste avait préféré tout garder, Samuel et Georgia tous les deux. Tous les trois ? Georgia n’a pas dit non. Samuel et les deux femmes ensemble pourquoi...
Au trio Tzarik Trois femmes chantent, leurs ombres dansent sur les murs, sur les pierres. Trinité féminine mais non pas de déesses, de voix. Et je suis devant elles comme devant un mont polyphonique. Plénitude et fragilité!... Et l'arrondi des crêtes...
Ceux qui m'avaientlégitimé de leur amourdepuis si longtemps se sont tusque je ne sais plusqui je suis, si je suis. pourtant, je sais, je crois savoirqu'il y a la minceur d'une ancheentre allégresse et désespoir. Souffle dans ce tuyau qui vibre,que sonnent...
L’orgue et le pain Je m’appelle Benoît. Je suis apprenti boulanger chez M. Pierre. J’aime me voir dans le miroir qu’il y a au fond du magasin. Je suis grand, un peu gras, la peau blanche, le visage plein, un visage clair aux joues roses, presque imberbes....
VIII Quand Yue Ling est arrivé dans la communauté (c’était longtemps après), il voulut tout d’abord rester seul. C’était un jeune homme frêle. Il lui fallut, d’abord, s’habituer à l’épaisseur de l’air de Lure. Il est resté dans le parloir, entouré de...
V C’est un autre client qui vient de la salle d’attente. Une cliente. Une dame habillée simplement, plus très jeune, les cheveux courts et blonds, teints et permanentés, avec un sac en cuir. Une petite dame comme il faut, ridée. Elle marche en tremblant...