• Un purgatoire

    Un Purgatoire

     

                Elle n’avance pas cette Divine Comédie, on n’y voit toujours pas la Divine Elodie et c’est sûrement pour ça: Dieu l’Unique est bien mort. C’est une pièce majeure à changer dans la grande mécanique de nos rêves-et-valeurs. Sans lui ça coince et on n’a pas encore trouvé d’autre moteur. Tu es en panne. La seule chose que tu saches tu es seul, aucun Virgile pour t’aider. Tu ne sais à qui croire et ta fille est partie. Elle se fait donc cruellement attendre Elodie. Où la chercher? Scrute partout pour trouver son visage et sa voix. Tu ne les connais pas, tu les désires sans savoir. Tu te tiens sur le bord d’un chemin où tu vois tous les autres passer. Chacun son propulseur particulier: la carrière, l’argent, les femmes, le bonheur. Tu les regardes tu es seul. Tu cherches sans savoir quoi ni pourquoi. Tu ne sais qui ni quoi désirer. En panne d’horizon, d’avenir radieux. Plus de raison de vivre ou d’espérer. Tu vois passer tous ces facies autoroutiers, tous ces regards qui vont ailleurs et qui espèrent aller. Les rues sont des supermarchés. Aucun ne te regarde, toi qui vois. Chacun tend et prétend à son plus d’être. Ils font semblant de savoir où ils vont mais tu le sais, ils vont et viennent. Agitation.

     

                Immobile, tu les regardes. Tous rivés vers ailleurs, un avenir meilleur, leurs visages fermés. Mais toi, c’est son visage à Elle au moins que tu attends. Tu ne sais rien de ce qu’il est, tu l’attends: un visage à aimer. Tu te creuses de ça. Mais pourquoi? Et lequel? Tous ces traits que tu vois, sans les siens tous les mêmes: un front, deux yeux, un nez, une bouche des joues, des oreilles, un menton. C’est quelquefois gracieux... Mais un visage a d’infinies façons de s’agencer. C’est chaque fois unique. Ce n’est le sien jamais! Or c’est le Sien que tu voudrais! Un visage pour toi. Ton horizon. Ta croyance et ta foi. De tous ceux que tu vois, aucun n’est celui-là! A vrai dire, aucun sauf le sien ne conviendra! « Amoureux d’une image » comme Axèle dirait. Oui, mais tu ne sais même pas laquelle. Serait-ce celle de ta fille? Qui sait. Elle doit bien lui ressembler. Tu rêves à ce visage qui jamais, non jamais ne vient! Et si c’était le tien? C’est une idole en creux et qui se creuse en vain. Un manque. Un rien. Secrètement en toi elle naît, celle que tu te prépares à aimer. Elle se creuse. Mais même toi tu n’en sais rien. Secret! En l’attendant, rien que des jours mous à mâcher, des sens provisoires à donner - si tu y tiens. Les seuls chemins sont ceux, ouverts et puis fermés de la pensée. Des chemins creux, des cul-de-sac ou des fossés. Quelques monstres à dévisager, pas plus. Et ce désir-là à creuser.

     

      “Laissez-moi prendre des chemins

      Ne menant nulle part.

      Des sentiers à rebrousse-temps.

      C’est vers eux que je pars

      Sans savoir.

      C’est ceux-là que je veux, des chemins de traverse.

      Laissez-moi m’en aller autre part, nulle part,

      Autrement, autre-temps.

      Laissez-moi remonter le temps,

      Rebrousser vers ailleurs.

      Régresser,

      Partir à la renverse.”

     

                Elodie, vas-tu la chercher là, dans ces chemins vers nulle part, vers autrefois et qui égarent? Elle est pressée tu vois, ne s’aventure pas dans des impasses, elle sait où elle va, qui elle est, elle fait au moins semblant, elle veut vivre avec son siècle, elle est très efficace. Pragmatique. Elle ne quitte pas les routes balisées,  les chemins opportuns et porteurs de son temps. Du moins c’est ce qu’elle croit. Elle a choisi où elle voulait aller. Elle veut vivre. Si tu faisais du stop d’ailleurs, elle ne s’arrêterait pas. Elle ne te verrait même pas. Comment l’as-tu connue alors? Existe-t-elle ou l’as-tu inventée? C’est sûr elle vient d’abord de ton désir. Mais aussi de sa volonté. Ecoutez-moi!

    (Musique légère et gaie)

     

      “Quelle figure te donner sinon la tienne

      Petite fille au nom si double?

      Laisse-moi t’appeler Gabrielle-Elodie

      Pour qu’hier dans ton nom se mêle à aujourd’hui.

      Tu es toute arrogance pour l’instant

      D’être tout toi sans être vieille.

      Hier, aujourd’hui, dans ce nom que je crée,

      S’enlacent en ce nom comme un arbre et sa liane.

      Laisse-moi t’inventer, Elodie-Gabrielle!

      “Elodie” un prénom à la mode, et tellement!

      Elodie c’est bien toi, toute-naissante et si récente,

      Toute-puissante d’être née depuis si peu de temps!

      Elodie c’est le tout de ce tout-puissant-là de ta beauté

     Qui bientôt va passer mais qui est là,

      Dont on ne se lassera pas, jamais, tant que c’est là!

      Elodie c’est la mode, ton prénom à la mode qui se démode comme toi.

      Le Tout-Puissant si insolent de ta beauté qui fanera.

      Le Dieu si provisoire que tu es et qui ne fane pas.

      Tout-puissant provisoirement d’être si jeune et beau.

       Il suffit d’un regard pour s’amourer de toi...

      Il faut toute une archange “Gabrielle” pour rabaisser un peu ce Dieu vivant

      L’humilier et le rendre pesant:

      Alourdir d’un peu de temps passé ce tout présent !

      C’est ton ange gardien “Gabrielle”,

      La part de ton prénom qui fait que tu ressens un peu de compassion de temps en temps.

      Celle qui fait plonger vers le passé déjà ton temps.

      Vers le néant.

      Elodie-Gabrielle, avec ton nom si double et trouble

      Parce qu’on ne transige pas avec l’Être et l’Eté

      Tu vas me hanter je le crois.

      Tu agites déjà de l’ombre autour de moi:

      Tout mon passé tu le présentes.

      Tout le mensonge que tu es m’ensonge

      Tu aimes à t’amuser avec mon temps

      Non, ce n’est pas sur ton booster que tu me porteras, mais c’est sur ton portable et dans ta voix.

      Je ne sais pas qui je revois ni qui j’entends dans cette voix, dans ton accent.

      Ecoutez! Je ne sais pas quand je vais rencontrer Elodie-Gabrielle

      Si un jour même elle viendra

      Ni quel Messie elle sera

      Je me vêts pour elle en tout cas,

      Comme un prêtre met son habit.”

     

      « Pourtant je suis bien réelle » t’a-t-elle répondu quand, l’ayant appelée pour la première fois, tu lui as dit qu’elle était un miracle pour toi Elodie-Gabrielle. Elle ne rit pas. Jamais. Elle a dit ça sans rire!

     

      “-Mais vous, vous n’êtes pas sérieux, vous riez tout le temps”

      “-C’est que je suis heureux quand je t’entends.”

                Mais pourquoi es-tu si heureux de l’entendre, comme si dans sa voix tu remontais le temps? Elle te rajeunit de te parler. Ecoute-la aller, venir, vivre, danser. Est-elle une ombre, une illusion? Non pas. Une occasion de la technologie. Elodie-Gabrielle a un portable, elle veut vivre tout entière. Et tout entière maintenant. Pour qu’elle se sente vivre un peu mieux, tu l’appelles. “J’adore répondre aux appels”, te dit-elle. C’est parfait! De l’appeler sur son portable ainsi, c’est ta façon à toi d’épeler son prénom. De faire qu’elle existe et qu’elle n’existe pas: à la fois présente absente, ici là-bas, maintenant autrefois. Elodie. Gabrielle. C’est là votre contrat. Et c’est son ascendant sur toi. Tu l’appelles souvent, tout le temps. Tu as de bons prétextes tu sens qu’elle est d’accord. Elle parle et vit à sa façon autour de toi. Sa voix est là, toujours, jamais bien loin. Cette magique voix qui donne chair à du passé, à ta pensée. Tu lui poses toujours la question:

     “-Est-ce que je te dérange?”

     “-Mais non, vous ne me dérangez jamais.”

      Tu as fait d’elle virtuelle ton chez toi. Et tu la joins incessamment. Tous ces chemins qui menaient nulle part conduisent maintenant à tous les bars-tabacs où l’on vend des cartes à 50 ou 100 francs, et aux cabines téléphoniques après. Tu les as toutes repérées. Les téléphones que tu vois donnent tous accès à sa voix. A chacun que tu croises tu sais que les oreilles d’Elodie-Gabrielle, tout cet autre présent, tout cet ailleurs peuvent t’entendre désormais. “Allô, Elodie-Gabrielle?” Tu crées un lien à chaque instant de creux. Et si tu veux, vous vous parlez. Et tout se met à faire sens. Grâce à son numéro tout va vers elle. Tant de choses à lui dire, à demander, et tant d’inflexions d’elle à observer. Elle devient l’oracle à consulter. Ta transcendance! Toujours là sans y être, ici-là-bas. Ton horizon et ton chez toi secret, ton Très-Haut, ton tout-bas, toujours très loin tout près : assez loin pour qu’il y ait à se tourner vers un ailleurs, mais assez près pour se sentir vivre plusieurs.

     

    Tu as soif de savoir où elle va, ce qu’elle est. Et tu la cueille un peu partout, elle t’accueille un peu partout, sur le bord de la mer (et tu entends les vagues et ses pas quand elle te dit “Pourtant je suis bien réelle”, elle se penche même un peu, que tu écoutes mieux la mer parler en même temps), elle est chez son copain avec qui elle se bat, en voiture, dans sa cuisine et sur ses escaliers, elle range la vaisselle et passe le balais. Tu entends le vide autour elle à la façon dont résonnent ses pas quand elle monte à sa chambre pour mieux te parler. C’est un petit vampire châtelain en haut de son donjon à elle. Elle est devant un film avec Christopher Lee à 9 heures du soir: “J’ai oublié d’éteindre mon portable, j’attends un autre appel que vous. Sinon c’est la messagerie que vous auriez. Tant pis pour l’autre c’est trop tard, j’éteins quand vous raccrocherez.” Vraiment, tu as trop soif d’Elle. Tu crois bien qu’elle est comme toi! Tu voudrais lui donner des “viatiques” pour traverser les longs espaces de sommeil. Tu lui apprends ce mot. Ca te rend douloureux d’avoir goût à l’aimer. En pleine nuit tu ne dors pas, tu as son souvenir comme un trait de douceur ou de douleur qui passe, et tu es en éveil. Et tu te lèves et tu lui laisses des messages car tu voudrais qu’elle pense à toi dès le matin, qu’elle en soit entourée, tu la saoules de toi. Et tu deviens sûrement insupportable de la solliciter ainsi sur son portable. Disponible et joignable toujours mais pour toujours insaisissable.  Elodie-Gabrielle ce n’est qu’un petit dieu de 17 ans, elle ne peut être que cela, ce petit dieu si arrogant de vivre sans jamais être vieux.

     

    Un petit dieu adolescent, trompeur, qui aime semer des signes menteurs pour mieux se faire aimer. Elle t’accueille toujours de sa voix gentiment et te raconte ce qu’elle est, ce qu’elle fait, elle existe si fort tu ne la vois jamais, c’est une créature hertzienne, petit ange ou goule moderne, elle est réelle mais à peine. “Je range des habits dans mon placard... Je fais le ménage en short et en T.shirt comme vous ne me verrez jamais, on peut voir mon nombril tenez... Je suis sur ma terrasse, je me bronze... Pour une fois je fais mes devoirs...J’allais partir... Vous m’attrapez au vol... J’étais en train de mordre une tomate... Ah, vous me surprenez avec ma soeur, je joue avec ma soeur, elle a un an et demi, c’est un joli chien-loup femelle qui s’appelle Peggy, ça vous surprend n’est-ce-pas?... Oh vous pouvez parler, même s’il y a beaucoup de bruit autour... De toute façon pour ce qu’on dit!... Mais ça m’est bien égal. Mais non, ne vous inquiétez pas je vous charrie... Et si je vous avoue que tout ce que l’on dit tous les deux, pour moi c’est que du jeu, c’est un jeu, c’est le jeu, ça ne vous déçois pas? Rien de sérieux de moi vers vous.” Etc, etc... Pourtant, depuis le fond de ses tuyaux elle se coule à ton oreille. Et de l’oreille à l’âme il y a moins de distance que de l’oeil au cerveau.

     

                Elle te hante par l’oreille mais tu la vois aussi, tu la connais. Bien réelle c’est sûr, avec quelques travers. Il est vrai que c’est ton élève. Tout le problème est là! Tu la vois tous les jours l’effrontée avec son petit nez de gamine en trompette, cet air gouailleur et fier, cet air défieur. Tu la vois au lycée. Jamais en tête à tête, mais tu sais l’observer. Pas tendre pour ses consoeurs: Amélie c’est “la naine”, Emmanuelle “Bout de gras”, quant à Audrey, une nymphomane, surtout si elle est bien roulée: “Si un jour j’ai envie de coucher comme elle, je n’irai pas le crier sur les toits.” Elle est dure et elle veut endurcir ceux qu’elle côtoie: pour leur apprendre à réagir. Fortifier la carapace. “C’est justement parce qu’elle a l’air revêche Nathalie que j’ai fait d’elle ma B.F. Ma “best friend”“. Toutes ces filles qui l’entourent elle les domine tu le vois, sûrement parce qu’elle les aime. Elle les désire. Quelque chose d’elle les attire, mais quoi? Peut-être son port de déesse. Elle a envie de diriger. Elle te reprend parfois sur ton maintien: “Ne regardez pas vos pieds quand vous marchez comme vous faites M’sieur le prof, ça fait bizarre, regardez loin, plus haut, ça vous va mieux”. Elle a le geste impérieux. Elodie-Gabrielle sait se défendre bec et ongle: “Si mes parents fouillaient dans mes affaires, attention au tremblement de terre”, “Je n’aime pas qu’on se permette d’écrire sur mes feuilles, même pour corriger mon orthographe. Les accents ajoutés à mon insu, je peux vous dire qu’ils sont vite effacés! Vous serez pas déçu. Un bon coup de blanco dessus!”

      D’origine espagnole 100%. Farouche et fière sûrement. Femme d’honneur: “Je promets rarement. Si je promets je tiens parole et j’ai horreur d’être obligée.” Aristocrate dans son coeur, noble certainement. Droite, même si elle ment.

                Elle vit sur les hauts de Mimet, au  sommet d’une Andalousie, dans un endroit abrupt. Tout en escarpement. On y cultive le lotissement et peut-être l’Extrême-Droite. Des chiens de garde de tout poil poussent leurs aboiements. L’ennui  probablement prospère là, mais plus sournois. Sévérité d’Escurial. La Sainte-Baume au loin. Très beau panorama! Depuis que tu l’as vu cet endroit-là tu comprends mieux qu’elle soit si fière. Pour les rêves un milieu royal! Il faut avoir des chimères dans l’âme pour vivre là quand même! C’est sûr, elle s’imagine Reine de Castille au moins avec son palefroi quand elle descend sur son booster jusqu’au lycée ou plutôt qu’elle y condescend. Car elle condescend à “descendre” à Gardanne, depuis ses hautes terres castillanes. “Pour moi, Paris, Marseille, Aix, c’est rien! Moi, c’est Mimet.” C’est vrai qu’elle vit dans une des plus jolies maisons de son quartier. Coquette, bien tenue. De mignons rideaux l’égaient. Autour, d’autres sont restées parpaings nus, c’est un lotissement inachevé, dans le désordre et l’à-peu-près. Et grimpé à flanc de colline. Mais la maison d’Elodie-Gabrielle est à la fois touchante et tendre. Tellement kitch! Bien close et bien finie. Trop bien! Des fleurs dans le jardin. Et des rideaux jolis. Tout bien rangé. Trop bien! Un beau portail aussi, toujours fermé. Paisible et fière sa maison. Sachant se faire remarquer! Pimpante! On la voit de très loin. L’une de celles qu’on voit le mieux. Et depuis son premier étage aux volets croisés, on doit pouvoir contempler quand on le veut tout le paysage abrupt et montagneux.

     

     

     

      (Musique!)

     

       “Comment fais-tu pour exister dans ta maison si lisse et propre, aux murs si nus?

       L’ennui te guette à chaque coin d’ombre et te saute dessus. Petite fille tu es là,

       Dans ce salon si propre et grand, qui résonne et n’est pas pour toi.

       On ne t’a jamais dit comment

       Ton corps, ton coeur pourraient s’y émouvoir ou s’y mouvoir

       Dans ce salon si propre et grand.

       Tu regardes passer autour de toi le temps, le vent,

       Les courants d’air dans des tissus

       Ce soleil de printemps,

       L’après-midi si lumineux. Tu bailles. Tu ne sais pas comment

       Il ferait pour passer cet ennui. Alors, tu prends ton booster, tu te casques, tu fuis,

       Ce n’est plus le silence du temps qui glisse autour de toi,

       C’est le bruyant de ce mouvement-là qui te poursuit.

       Tu vas rejoindre ton ami

       Pour aller à Plan de Campagne, dans ce camping de choses à vendre,

       Au beau milieu de rêves qui s’éventent.

       Tous les deux vous allez rêver.

       Te voici au milieu de ces tentes de tôles dressées,

       De ces hangars si pleins d’objets précieux et chers et qu’on croit désirer,

       Dont on peut rire, et qu’on peut acheter. Tu vas là-bas, tu ris, tu sens qu’on peut enfin y oublier

       Son âme.

       Tous ces objets qui tapinent par là, ils ont un air inoffensif, sournois!

       Et tu es bien, à siroter un peu de temps perdu en compagnie de ceux qui se distraient

       En regardant les autres s’ennuyer.

       Aucune question ne te vient là, jamais, tu as toutes tes armes

       Pour les mettre en déroute. Le cinéma surtout, le multiplex avec ses salles,

       Toujours pleines d’images américaines dans le noir. Tu es

       Dans tout le chatoiement d’un monde qui ressemble à celui dans lequel tu t’ennuies en plus gai.  Il s’y passe des aventures!

       Et tu te loves dans tes rêves, tu t’y blottis, tout près de sa tiédeur à lui qui te rassure.

      Et tu peux rire là, tu t’y épanouis.

      Et tu remontes après en ton château d’ennui pour mieux goûter la fadeur de ta vie.”

     

                Sera-t-elle ta Béatrice Elodie-Gabrielle, ton guide avec sa voix? T’ouvrira-t-elle accès à la contemplation du Bien, du Vrai? Il faut craindre que non. Mais alors à quel Paradis conduit-elle? Elle ne mène qu’à elle-même, c’est une idole messagère de sa jeunesse et sa beauté! Même une idole mensongère! Peut-être une Ariane mais elle se meut sans fil au coeur du Labyrinthe, elle s’y retrouve sans problème et s’y sent plus à l’aise que toi, elle t’y perd délicieusement, elle t’y égare même et finira par te livrer aux crocs du Minotaure ou de Cronos si tu te prends pour son Thésée! Sauve-toi! Pourtant tu remontes avec elle le temps. Ou bien tu le descend.

     

    (Musique!)

     

      “Je te profère et je te fais

      Laisse-toi faire et préférer!

      Laisse-moi te faire et défaire

      Comme un jouet.

      Elodie-Gabrielle,

      Laisse-moi te statufier

      Comme une idole.

      Tu mets du jeu dans la pensée,

      Du mouvement.

      Ton corps a la souplesse d’une idée,

      Il a l’adresse d’un calame et son agilité,

      Si léger qu’on peut y deviner son âme,

      L’écrire avec ou la crier.

      Laisse-moi te faire danser

      En t’écrivant

      Et pour mieux te faire danser

      Me servir de ces mots qui dansent

      Au fin bout de mon fil tu es

      Comme Ariane et moi Thésée.

      Je croyais pouvoir te conduire à ma guise

      Et c’est toi qui me tisses à ta danse à présent.

      Je crois poser mes mains sur un clavier d’ivoire et te chanter,

      Je crois jouer à toi ne suis qu’un dé roulé

      Entre tes doigts.

      Entre les miens?

      Est-ce toi qui me joues?

      Je deviens ta marionnette.

      Mon fil tu va le couper.

      Il finirait par te lier

      Et tu ne veux surtout pas qu’on te lie!

      Tu m’aimes bien c’est vrai,

      Rien que l’espace d’un matin.

      Pour comprendre la vie et devenir un peu savante aussi

      Mais après un instant, c’est lassant.

      Tu es l’idole de toi-même et ça suffit.

      Je croyais t’avoir faite Elodie-Gabrielle

      A mon image je t’ai faite,

      Mais toi tu veux jouer, bouger,

      Manipuler.

      Tu ne vas pas te laisser faire!

      Dégage-toi de moi tu feras bien.

      Tu couperas le fil qui te lierait.

      Car tu n’es ni mon fils, ni ma fille,

      Ni ces cordes que je croyais.

      Tu ne sais même pas chanter!

      Tu es celle qui va, qui vit, qui est...

      Non, tu n’es pas mon instrument.

      Tu es ta liberté, ni plus ni moins.

      A peine peut-être une idée.

      Et si je t’ai imaginée

      Tu vas quand même me quitter.”

      

       Il faut dire qu’elle joue bien du booster Gabrielle-Elodie. Elle chante faux d’après ce qu’elle dit, à mon avis elle ne chante jamais: trop de silence en elle pour chanter. Mais elle peut danser sa vie. Quand elle bouge ou qu’elle marche elle est féline, insinuante et souple, tout d’elle part des hanches. Tout d’elle a l’air de s’envoler de là quand elle prend son élan ou qu’elle s’en va. Mais comment as-tu fait pour te lier à elle comme ça? Votre téléphonie, elle vient de quoi? Il va donc te falloir raconter. Tout dire? Ecoutez-moi, je vais vous dévoiler comment tout cela s’est tissé. Et puis cassé. Elle est comme les Parques Elodie-Gabrielle, elle tisse et puis elle coupe. Plutôt, elle est une araignée. Elle file une toile, y prend sa proie, la laisse après. A vous non, finalement je ne raconte pas. Surtout pas raconter à n’importe qui, surtout pas! Laissez-nous elle et moi, c’est à elle que je m’adresse. Rien qu’à Elle! Et changeons de musique! Passons en Paradis grâce au divin regard de Gabrielle-Elodie.

     

     

    Une musique plutôt douce après…


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